Text from Ileana Cornea,

Mai 2014

Alexandre Akar, Un monde suspendu, un monde de peinture

L’oeuvre foisonnante d’Alexandre Akar nous fait penser au titre évocateur du réalisateur Coéen Im Kwon-taek, Ivre de femmes et de peinture...

L’artiste produit énormément. Il multiplie les supports, toujours à la recherche de la figure et de la silhouette humaine, les sujets classiques de la peinture, sujets inépuisables : « Le corps, l’unique, le vrai, l’éternel, le complet, l’insurmontable système de référence écrit Paul Valery dans ses Carnets.

Fasciné par la géographie du corps humain l’artiste le peint dans des positions extravagantes jusqu’à sa distorsion la plus extrême, la plus picturale.

Les contours tranchants et noirs encerclent des couleurs vives chaudes et provocantes.

Il puise dans les découvertes des expressionnistes allemands, le mouvement Die Brücke. Il n’hésite pas à utiliser des couleurs enflammées comme chez Ernst Ludwig Kirchner, animer ses toiles d’une tempête chromatique comme chez Emil Nolde ou bien jouer avec la brutalité des traits comme Karl Schmidt Rottluff. 

Quand sa palette s’assombrit, il pose une tache jaune pour lui imprimer de l’énergie, stimulant les sens qui appellent à la vie. 

Il exalte la figure humaine dans ce qu’elle comprend de troublant, de caricatural mais aussi de tendre et en fin de copte de secret et de mystérieux.

Souvent il met en scène des portraits de famille, portraits à deux, portraits de l’amitié, de la filiation, du gang, du groupe. Le choix de telles thématiques témoigne de la profonde attention que l’artiste accorde aux émotions et aux sentiments qui traversent les êtres humains.

Dans ses toiles, il n’y a pas de place pour la solitude. Il s’agit d’un monde sollicité en permanence, il brosse l’expression du débordement de la vie.

Les fausses scènes de rue ayant lieu dans un paysage urbain surchargé de signes participent à la poésie, à la féerie, au rêve.

Des multiples personnages exhibent leurs atouts, leur ivresse. L’image de la fête et l’atmosphère émancipatrice du spectacle rendent ses personnages libres et enchanteurs.

Comme ses prédécesseurs de Dresde au siècle dernier, il n’hésite pas à utiliser des lettres, des écritures, des graphismes, des signes empruntant au Street-art quelques automatismes.

Ces ruses de peintre ponctuent, rythment et situent les scènes. Elles sollicitent directement, et visent précisément celui qui regarde nouant une étrange complicité avec lui.

La femme nue et totémique semble dominer cette foire phantasmatique de subjectivités réunies. C’est la reine, la déesse. Elle jubile, hautaine et sexuelle, exaltant le désir, incitant à la vie.  Le danger guète cette fanfaronnade insouciante, au nom d’une idée abstraite, un homme au fusil noir peut tout faire basculer. Il y a aussi les ombres, la part du tragique de l’existences’inscrivant subrepticement dans ses tableaux.  

Alexandre Akar peint ses passions. Il plie la réalité, aux exigences d’un monde inventé. Il a jeté un pont poétique dans l’histoire faisant coexister l’atmosphère fébrile d’avant-guerre avec la fièvre du monde contemporain, un monde suspendu, un monde de peinture.